Une musique sacrément bien roulée
Une musique sacrément bien roulée
OCB by "Bird" Cigar Box Guitars Handmade in France
OCB by "Bird" Cigar Box Guitars Handmade in France

L'histoire des CBG's 

Lorsque j’ai découvert les traces historiques, puis sonores, de ces Cigar Box Guitars, j’ai d’une part apprécié leur musicalité aux accents originels, mais aussi, en en fabriquant moi-même, j’ai eu le sentiment de mettre un pied dans une nouvelle forme de langage qu’il aurait été dommage d’ignorer lorsque l’on s’intéresse à la musique américaine. En effet, la CBG n’est pas seulement un instrument de musique, c’est aussi une des bases de l’histoire des musiques blues et country et une preuve que malgré toutes les vicissitudes que la vie a parfois imposées aux hommes, ils ont toujours su trouver un moyen de s’évader du quotidien à travers la musique, quelles que soient leurs origines culturelles et ethniques. 
Au début du 19ème siècle, les cigares étaient très populaires aux USA et étaient conditionnés dans des boites de 100 ou plus. Vers la fin des années 1900, la production ayant baissé, ils furent emballés dans des boites de 20 à 50, donc dans des conditionnements plus petits. Les pauvres, en ces temps de guerre ou de crise, n’avaient pas les moyens de s’offrir un instrument du commerce, mais avaient un fort besoin d’exprimer leurs sentiments, synonymes de tristesse, d’espoir ou de désespoir à la mesure de leur condition. 
Pour se fabriquer des instruments eux-mêmes, ils utilisèrent alors comme résonateur les boites de cigares que les riches jetaient. Le manche était bien souvent fait d’un manche à balai et les cordes d’un simple fil de coton ou d’un fil de pêche. Divers instruments furent alors conçus à partir de ces boites tels que violons, guitares ou banjos.

On en trouve cependant des traces chez les Cajuns de Louisiane dès le début du 19ème siècle. 
Ceux-ci étaient réputés pour fabriquer leurs propres instruments avec un peu tout ce qu’ils avaient sous le main. Ils se servirent, pour faire des cordes, de fils métalliques de clôtures, ou des crins de chevaux pour leurs fiddles, ce qui donna à ces violons le nom de « crincrin ». 
Chez les noirs, les CBG étaient jouées seules ou dans les jug bands, formations dans lesquelles tous les instruments étaient faits de façon complètement artisanale : la washtub bass, similaire à la CBG pour la basse, dont la caisse de résonance était un récipient quelconque, le jug, le washboard, le kazoo et l’harmonica. 
Elles marquèrent leur empreinte au début du 20ème siècle dans l’origine même du Delta Blues, forme musicale qui s’étendait de Memphis au Tennessee à Vicksburg dans l’état du Mississipi. En 1930, la grande dépression accentua le phénomène des instruments fabriqués « maison » et toucha les pauvres sans distinction de race, surtout dans les états du sud des États-Unis. 
Etant donné les moyens très primaires et la piètre qualité des matériaux utilisés, il était difficile d’en jouer comme nos guitares d’aujourd’hui. Elles n’étaient pratiquement jamais frettées (les frettes sont les tiges d’acier qui séparent chaque case sur un manche de guitare), et on en jouait soit avec un bottleneck en verre (à l’origine un goulot de bouteille) soit avec un tube de métal que l’on faisait glisser le long des cordes. 
Depuis, beaucoup d’instruments utilisés dans le blues et la country font appel à cette technique : Le Dobro ou guitare à résonateur, la lap steel et la pedal steel guitar.

Blind Willie Johnson, Lighting Hopkins, Charlie Christian, Bo Diddley, Robert Johnson, Elmore James, Muddy Waters et même BB King furent entre autres les plus célèbres à apprendre à jouer sur une CBG.

Elle est de nos jours livrée à toutes les excentricités et existe sous d’innombrables formes et versions aussi délirantes qu’hétéroclites. 
La CBG se conjugue de 1 à 6 cordes, même si les plus populaires semble être à 3 et 4 cordes. 
Les accordages sont nombreux et variés. Les plus souvent utilisés en 3 cordes sont G-D-G, A-E-A et A-E-G ou D-G-D.

Essayer une CBG, c’est très souvent l’adopter pour longtemps, car elle vous procurera d’immenses plaisirs sans que vous soyez un virtuose, et vous pourrez vous croire quelques instants revenus plus d’un siècle et demi en arrière, sur les bords du Mississipi, en train d’écrire quelques lignes de l’histoire de l’Amérique. N’hésitez donc pas à fabriquer la vôtre.

                                                                                                                                       ORVILLE GRANT

 

 

Merci à tous nos amis photographes: 
 

Chantal Druet, Thierry Dubuc, Christophe Leclercq, Didier Bonnet, Alain Koenig, Thierry Loustauneau, Yann LBC, Loic Leurent.